"Giacomo Puccini", melodramma lirico

La biographie autrement. Écrit à l’ombre de la gigantesque biographie de Marcel Marnat pour Fayard, Caro carissimo Puccini de Bernard Chambaz illustre à merveille l’ambition de la collection « L’un et l’autre » de Gallimard où, avec Schubert et Leopold Mozart, se sont déjà racontées les vies de musiciens : sans l’exactitude maniaque de la monographie, opter pour les chemins de traverse, ceux qu’autorisent la légèreté de la fiction, qui feuillette le réel pour y trouver le vrai. S’il a vécu d’art, et s’il a vécu d’amour, Puccini n’a pas aimé jusqu’au désespoir comme toutes ses héroïnes. Il a voyagé de l’Égypte aux Amériques, mais sans jamais réellement penser abandonner la Toscane de ses ancêtres. L’Histoire le trouve en spectateur d’un monde plongeant vers l’inconnu quand l’Art lui fait opérer la synthèse du leitmotiv et du bel canto, de l’Allemagne et de l’Italie. Imaginerait-on faire de la vie de cet homme volontiers dépensier, souvent futile, perpétuellement amoureux, une fresque ou un roman ? Sans doute pas. Mais alors comment nous le rendre proche ? Tout simplement sans fard et sans légende, en homme de son temps. Lire la suite »


D’un cahier d’évidences

The one and only Leonidas Kavakos

The one and only Leonidas Kavakos

Sans doute la trouverez-vous péremptoire, contestable, partiale, naïve, imparfaite, inutile, confuse, prosélyte, incomplète ou désinvolte. Sans doute aurez-vous raison. Sans doute y avait-il mieux à écrire, et d’une toute autre manière. La voici tout de même, cette liste d’impressions éparses inspirée par la soirée de ce 25 avril, salle Pleyel, sur le mode de l’évidence, car l’exprimer autrement serait impossible. Disons donc :

  Lire la suite »


La vie très excellente de Denis Matsuev

Denis Matsuev, le gargantueur.

Denis Matsuev, le gargantueur.

Parmi les mille et une manières dont il est possible d’écrire un compte rendu de concert, le pastiche littéraire s’impose dans certains cas comme une évidence. Avec une carrure juste assez large pour lui éviter d’arracher au passage les chambranles des portes qui mènent des coulisses à la scène de Pleyel, et un pianisme capable de couvrir un orchestre en grande formation symphonique, Denis Matsuev invite presque naturellement à s’essayer à l’exercice de style. J’écris naturellement, mais c’est tout au plus une façon de dire : vu la force contenue dans ces dix kilos de doigts, il est difficile de distinguer clairement ce qui relève de la spontanéité ou de la contrainte. Observé en dédicace (à tout juste un jet de baffe), Denis Matsuev rappelle la vérité de l’adage qui veut que quand les gars de cent vingt kilos disent certaines choses, ceux de soixante kilos les écoutent. Ou du moins mesurent leur propos. Ainsi, aux oreilles du petit malin, plumitif électronique à ses heures, qui se risqua à l’humour en lui faisant dédicacer son programme (« “Xорошо”. Is that how you say “great” in russian ? »), la réponse que lui donna l’artiste passa étrangement pour une invitation à renoncer à son projet insensé de pasticher l’œuvre immortelle d’Alcofribas Nasier pour faire de Matsuev un lointain descendant de Gargantua. Car au fond, quoi de plus convaincant que la voix d’un homme qui fait sonner un simple « Yes, xорошо » comme une noix (ou une vertèbre) qu’on broie à la seule force des mains ? Lire la suite »


Matheuz-de la Parra : balle au centre

Diego Matheuz-Alondra de la Parra : le match

Hasard du calendrier, c’est à une courte semaine d’intervalle que l’Orchestre Philharmonique de Radio-France et l’Orchestre de Paris accueillaient au podium deux étoiles montantes d’Amérique du Sud. À ma gauche, Diego Matheuz, smoking et nœud papillon, classe 1984, Vénézuelien, ancien élève du Sistema et actuel directeur musical de La Fenice de Venise. À ma droite, Alondra de la Parra, tunique noire ornée d’une fleur blanche, classe 1980, Mexicaine, et dont la carrière de chef invitée commence à prendre de l’ampleur. Hasard encore (je n’irai pas jusqu’à y voir une preuve de la standardisation progressive des programmes), deux remarquables pianistes figuraient en soliste de ces deux chefs : la Bulgare Plamena Mangova, connue des mélomanes parisiens depuis son apparition au Théâtre du Châtelet en 2000, et le Russe Nikolaï « Lucky Lugansky », qu’on ne présente plus depuis que ses prestations enchantent le public français. Voilà une affiche qui promet. Ready ? Play. Lire la suite »


Glenn Gould, lost to this world

glenn-gould-piano-solo_couvSi le piano de Glenn Gould déroute autant qu’il fascine, agace autant qu’il passionne, c’est qu’il évolue en un lieu qui n’existe sur aucune carte, loin des salles de concert qu’il désirait fuir le plus tôt possible dans sa carrière, et loin des studios d’enregistrement qui l’ont vu minutieusement assembler les empreintes qu’il souhaitait laisser à la postérité ? Où se situe-t-il, alors ? « N’importe où, n’importe où pourvu que ce soit hors du monde », comme le souhaitait Baudelaire ? Quelque part à la lisière de la nuit et du vide des grands espaces glacés du Nord où le pianiste aurait voulu se perdre sans jamais avoir à en revenir ? Sans doute plus loin encore, dans des territoires qui ne s’atteignent guère qu’au prix d’une reconstruction des Variations Goldberg par ce Wanderer du 60e parallèle nord ou de l’ultime Sonate en si bémol majeur par Sviatoslav Richter. Lire la suite »


De sirènes en chimères

Yuja Wang, la fille du Far-East

Yuja Wang, la fille du Far-East

Il fallait bien que cela se termine. Et en un sens, peut-être est-ce tant mieux. Car en devenant le cadre des toutes dernières levées du Yuja Slam parisien, ces deux concerts de l’OdP du 6 et du 7 février marquèrent la fin des débordements liés à la yujite aiguë, déjà largement décrits sur ce site, autant qu’un bénéfique retour à la paix des ménages. Aussi, afin de prolonger la popularisation de la yujalogie déjà initiée sur les ondes grâce aux Oreilles sensibles de David Christoffel (qu’il en soit ici infiniment remercié), suggérons donc instamment aux chercheurs en gender studies option musicologie d’engager une étude comparée de l’appréhension du pianisme de Yuja Wang sur les publics masculins et féminins de la salle Pleyel. Au demeurant loin d’être inintéressantes, les deux interprétations du Concerto pour piano n°2 de Serge Prokofiev entendues en ces deux occasions parurent en effet simultanément susciter (à la méthode scientifiquement inattaquable de la vue de nez) une certaine indifférence chez ces dames et, chez ces messieurs, un émoi certain quoiqu’habilement masqué, tant les regards des copines et des épouses promettaient de dépecer séance tenante à l’épluche-légumes celui qui aurait trahi un enthousiasme un peu trop marqué pour le jeu ou pour les élégantes tenues de l’artiste (mauve le mercredi soir, jaune le lendemain). Lire la suite »


Brahms : ça va beaucoup mieux

Yuja Wang. Brahmsienne ?

Yuja Wang. Brahmsienne ?

Rien n’intrigue autant que les goûts d’un mélomane. Qu’il s’enthousiasme ou qu’il s’agace, cet animal étrange emprunte dans ses passions d’innombrables chemins bien difficiles à sonder. Doués d’autant de déraison que de mauvaise foi, concertivores et discophages aiment et détestent en suivant pour seul guide ce qui chante à leur oreille. Et si certains délaisseront peut-être demain ce qu’ils adorent aujourd’hui, qui sait si d’autres n’iront pas chérir ce qu’hier encore ils regardaient d’un œil sévère ? Nul n’est à l’abri d’un violent retour de flamme : sans doute aurais-je dû me méfier davantage. Il allait pourtant suffire d’un Concerto en ré mineur saisi au vol sous les doigts de Clifford Curzon et d’entendre Jeanne Moreau se mêler aux six voix de l’Allegro ma non troppo de l’Opus 18 pour qu’une brèche s’ouvre dans mon désintérêt farouche pour la musique de Brahms. Lire la suite »


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.