Cendrillon, enfin le bonheur ?

"La Cenerentola" à Garnier : cheese ! (Photo : Agathe Poupeney)

Mélomanes et ballettomanes parisiens, en cette fin d’année, vous avez le choix. Deux scènes, deux versions de l’histoire de Cendrillon : la féérie hollywoodienne de Rudolf Noureev sur une musique de Prokofiev à Bastille, ou bien l’hommage rendu à Jean-Pierre Ponnelle dont la Cenerentola rossinienne vient d’être créée à Garnier, près de quarante ans après les premières représentations sous la baguette de Claudio Abbado à l’Opéra de Münich. Ce n’est pourtant là que la troisième production de la Cenerentola montée à l’Opéra de Paris, depuis son entrée au répertoire en 1977. La pauvre Angelina n’aurait donc pas la cote de Figaro, ni même celle d’Isabella ? La faute à un livret « mal bâti », nous dit Gérard Mannoni, pour Altamusica (et par ailleurs très enthousiaste, au même titre qu’André Tubeuf et Marie-Aude Roux). Il n’empêche, Rossini et son librettiste Ferretti ont réalisé un vrai petit tour de force en mijotant à leur sauce (gaie et malicieuse) des ingrédients et des thèmes chers à la tradition moribonde de l’opera seria (tout de même : le poncif de la femme vertueuse qui pardonne à ceux qui l’ont offensée, le prince souhaitant émuler cette vertu, la méchanceté punie, l’amour comme couronnement de la bonté, le tout sous l’œil bienveillant de Dieu, c’est du Métastase pur sucre ! (l’horreur)). Lire la suite »


Seul(s) avec Bach

Pieter Wispelwey, en tête-à-tête avec Bach

Il faut peut-être en faire une fois l’expérience dans sa vie pour en être sûr : assister une intégrale des Suites pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach, c’est sans doute avoir pour unique certitude d’oublier son ego l’espace d’un récital. Salle comble ce vendredi 25 novembre à l’Auditorium du Louvre : les acharnés de l’instrument sont là (comment joue l’élève d’Anner Bylsma ? on veut en avoir le cœur net), tout comme les figures familières de Pleyel et les bloggeurs de renom. Des messieurs en veste pied-de-poule, et des dames bizarrement chignonées, des connaisseurs, des néophytes : le public est venu nombreux, et peut-être plus attiré par l’affiche que par l’interprète (plus rares, les intégrales des Sonates et Partitas pour violon seul et des Partitas pour clavier se seraient tout de même taillées le même succès, j’imagine). Mais autant l’avouer tout de suite : étant très intimidé par l’œuvre de Bach, je suis loin de connaître ce répertoire autant que je le voudrais. Comme beaucoup, je suis venu avec une lointaine référence dans l’oreille : Pierre Fournier, en l’occurrence, mais on murmure aussi les noms de Tortelier, Casals et Navarra. On évoque aussi l’interprète du soir : Pieter Wispelwey, « belle référence moderne », « personnelle », « déroutante », « pas académique pour un sou ». Pour ma part, j’ai l’impression de me rendre à une blind date, ignorant tout ce que cette musique pourra bien me dire. Lire la suite »


Monuments hystériques

Prenez deux Symphonies n°4 du répertoire traditionnel des orchestres : celle de Tchaïkovsky, celle de Schumann (ce disque – mais Abendroth a également enregistré celles de Brahms, Bruckner et Beethoven ; et la recette fonctionne aussi). Puis pensez à votre interprétation préférée de l’Opus 36 et celle de l’Opus 120 : allez, le chic de Beecham ou la rigueur de Mravinsky pour le premier ? Et pour le deuxième, Szell à Cleveland (en 1947), et le concert pétillant de Karl Böhm à Salzbourg, en 1975. Des valeurs sûres, des outsiders : mélangez le tout, incorporez quelques beaux souvenirs de concerts jusqu’à vous faire la meilleure idée possible de ces œuvres, et de la manière dont on les joue. Puis faites l’expérience de ces deux symphonies avec Hermann Abendroth : un peu plus d’une heure de musique à très haute température. Et seulement deux mots pour la décrire : « Gurgl », et « Wahow ». Imparable. Lire la suite »


Duke Salonen’s Castle

Salonen et le Philharmonia au TCE : Acte I

C’est peut-être l’affiche à ne pas manquer cette saison, au même titre que la fin du cycle Beethoven de Bernard Haitink et du Chamber Orchestra of Europe à la salle Pleyel. L’espace de trois concerts, Esa-Pekka Salonen investit le Théâtre des Champs-Elysées avec son Orchestre Philharmonia pour une exploration de la musique de Béla Bartók (le chef finlandais reviendra une quatrième et dernière fois pour diriger Brahms et Richard Strauss avec Yefim Bronfman et l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise – une petite croix supplémentaire sur le calendrier, hop !). Les micros de France Musique ont fait le déplacement (il faut un peu ruser pour pouvoir réécouter le concert sur leur site, mais ça fonctionne), tout comme la presse musicale et quelques visages connus de Pleyel. Salonen/Bartók, deux noms que l’on associe sans peine mais que l’on n’a pas retrouvé depuis longtemps sur la pochette d’un disque (1996 ? Mais c’est la préhistoire !). Ô label Signum, faites quelque chose ! Lire la suite »


Herreweghe, quand le chœur parle

Herreweghe, et Beethoven fut

Philippe Herreweghe a beau avoir récemment fondé son propre label, Phi, ce sont bien ses anciens enregistrements Harmonia Mundi qui attiraient l’œil des nombreux spectateurs pressés devant la boutique du Théâtre des Champs-Elysées. Parmi eux, son enregistrement d’octobre 1995 de la Missa solemnis de Beethoven, au programme de cette soirée du 14 novembre au TCE. Sur scène, la formation créée par Herreweghe voilà une vingtaine d’années, l’Orchestre des Champs-Elysées (qui enregistrera prochainement l’œuvre avec son chef tutélaire), et côté chœurs, le Collegium Vocal de Gand (une autre création du chef flamand, remontant au années 70) accompagné de l’Accademia Chigiana Siena. Pour ma part, ce fut véritable découverte, m’étant toujours tenu soigneusement à l’écart de l’opus 123 de Beethoven. Peut-être impressionné par les quelques extraits que j’avais pu entendre jusqu’ici, je rangeais cette œuvre auprès de la Grande Messe en ut mineur de Mozart, l’un de ces monuments classiques du répertoire religieux que l’on regarde toujours avec une certaine révérence. Lire la suite »


Płeyęl, terre polonaise !

Grzegorz Nowak et la Sinfonia Varsovia, ça décoiffe !

Avec la présence dans la salle de l’ambassadeur de Pologne en France, la diplomatie franco-polonaise s’était invitée salle Pleyel. Soirée aux couleurs du pays de l’Aigle blanc : orchestre (Sinfonia Varsovia), chef (Grzegorz Nowak), soliste (Rafal Blechacz) et première partie de programme 100 % polonaise (Szymanowski, Chopin). Beaucoup d’officiels dans la salle (les rosettes fleurissaient comme jamais) et certainement quelques peoples (mes compétences en la matière restant limitées, c’est à peine si j’ai spotté Pierre Douglas – on fait ce qu’on peut), mais il y avait encore quelques petites places stratégiques à dénicher dans les premiers rangs. Signalons juste qu’en ce jour d’armistice et de paix en Europe, la vente des quelques places restantes en 5ème catégorie faillit bien virer au pugilat entre les deux factions rivales des « pleinistes » et des « réduitistes », les premiers grillant la politesse aux seconds dans la file d’attente. Détente complète une fois dans la salle, quelques flashes des photographes invités crépitent par-ci par-là, et un caméraman astucieusement déguisé en plombier avec sa salopette de Super Mario filme quelques plans du public, du chef et des musiciens aux noms joyeusement imprononçables (ça passe encore avec Karolina Stalmachowska, la ravissante hautboïste solo de la formation, mais ça se complique avec Jakub Waszczeniuk, trompette et ça devient carrément de la haute voltige avec Zbigniew Wytrykowski, du pupitre de seconds violons). Lire la suite »


Trois enfants du siècle à Pleyel

Paavo Järvi et l'OdP, bientôt en Asie !

Weber, Mendelssohn, Berlioz : trois insignes représentants du romantisme européen étaient à l’honneur à Pleyel ce jeudi 10 novembre. À la veille du grand départ de l’Orchestre de Paris pour l’Extrême-Orient (10 dates en Chine, au Japon et en Corée du Sud), Paavo Järvi fait réviser leur XIXe siècle à ses instrumentistes parisiens et propose au public un programme très séduisant, qui s’extirpe des méandres de la forêt romantique pour finir dans le sinistre cimetière du Songe d’une nuit de sabbat. Le cours de géographie romantique commençait ce soir avec l’ouverture du Freischütz de Weber, dont la renommée en France fut assurée par un de ses fervents admirateurs (et réorchestrateurs, accessoirement), Berlioz en personne. Pièce à ambiances, à personnages, à effets de théâtre, où l’Orchestre de Paris semble un peu en rodage. C’est fouillis par endroits, très enlevé à d’autres, et pas toujours très contrôlé dans l’introduction, où les quatre cornistes menés par André Cazalet donnent parfois l’impression de naviguer à vue. À l’inverse, la toujours somptueuse clarinette de Philippe Berrod campe parfaitement la figure de Max : splendide intervention forte, pavillon levé bien haut, comme un cri de douleur, par-dessus l’accompagnement aux cordes. Ces dernières sont par ailleurs un peu à la peine en ce début de concert, mais la soirée ne fait précisément que commencer… Lire la suite »


Lenny the Kid

Vous ne rêvez pas : c’est bien Leonard Bernstein qui est représenté sur la pochette électro-punk expérimentale de ce double CD publié chez RCA et consacré aux jeunes années du chef américain. 1946-49 : Lenny à l’aube de ses trente ans. Les fifties n’ont même pas commencé que le petit gars du Massachusetts s’est déjà fait un nom dans tout le pays, presque sur un coup de chance. 14 novembre 1943, un dimanche. Tôt le matin, un coup de téléphone. Bernstein décroche : à l’autre bout du fil, Bruno Zirato, directeur de Carnegie Hall. L’heure est grave : Bruno Walter, qui devait diriger le New Philharmonic ce jour-là, est tombé malade. Impossible d’annuler : le concert est retransmis dans tout le pays. Zirato se tourne donc vers le chef assistant de l’orchestre, Lenny, nommé à ce poste quelques mois plus tôt. À trois heures de l’après-midi, ce jour-là, Bernstein fait son entrée dans la grande salle de Carnegie Hall. C’est à peine s’il a eu le temps de parler des œuvres au programme avec Bruno Walter : l’Ouverture Manfred, de Robert Schumann, et Don Quixote de Richard Strauss, entre autres. Plus tard, Bernstein avouera ne plus se souvenir que des applaudissements d’un public qui venait de se trouver une nouvelle idole : Leonard Bernstein, jeune diplômé de Harvard et du Curtis Institute de Philadelphie, 25 ans. Lire la suite »


Redécouvrir Fricsay

Le 14 juin 1960, le chef hongrois Ferenc Fricsay se présente au podium de l’Orchestre Symphonique de la Radio de Stuttgart. Sur le pupitre, la partition de la Moldau de Smetana. L’homme porte une blouse, presque trop grande pour lui, et fermée jusqu’au cou. Séance de répétitions. L’orchestre peine à prendre ses marques ; mais en dépit de la fatigue qui se lit sur son visage, Fricsay ne s’en agace pas. Au contraire, le voilà qui insiste, chante au besoin certains passages (d’une voix de ténor juste et assurée), trouve les mots pour sortir les musiciens de leur raideur, et les rassure : « Soyez patients tant que nous ne nous comprenons pas. Mais vous allez voir : tout se passera bien. » Bien sûr, la Moldau exécutée au cours du mini-concert qui suivit cette répétition sous l’œil des caméras n’avait pas les moyens de dépasser musicalement celle que Fricsay a gravé au début de cette même année 1960, avec le Philharmonique de Berlin. Mais le temps lui était compté : il lui fallait laisser une trace concrète, filmée par la télévision. Trois ans plus tard, il serait mort. Un documentaire consacré à cet excellent chef d’orchestre pouvait-il donc trouver meilleure scène d’ouverture ? Lire la suite »


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