Mais que faire d’un billet estival ?

Tout d’un coup, plus rien. Fermeture irrévocable des salles de concerts, rideau, zéro rappel. Et deux mois de silence incompressibles, recta. Ça fait loin, la mi-septembre, quand on attend le début d’une nouvelle saison. Bien sûr, j’exagère : il y a forcément un festival où traîner une oreille curieuse pas loin de chez soi, si l’on s’en donne la peine. Il n’empêche, la possibilité de jouer les mélomanes globe-trotteurs ne résout pas le problème essentiel : comment assurer décemment un service minimum sur son site quand on n’a pas le moindre petit concert à se mettre sous la dent ? et comment contrecarrer la neurasthénie du musicovore compulsif ? Bref : que faire avec un billet estival ? Au menu du jour, en attendant toutes vos propositions :

FAIRE DE LA LUTTE CONTRE SECUTIX UNE PRIORITE NATIONALE

(VENGEANCE !)

« En 50 avant Jésus-Christ, toute la Gaule est occupée par les Romains. Toute ? Non ! Quelque part au nord-ouest de Lutèce, un logiciel gaulois du nom de Sécutix défend vaillamment le petit village que gouverne son chef, l’orgueilleux Quartierchix. Épaulé par ses deux amis, Siteasthmatix et Serveurpourrix, le courageux Sécutix aide le druide Citédelamusix à protéger leur fabuleux trésor : les places de concerts que vendent les commerçants du village, Tarifastronomix, Doubleclix et Aboulelefrix. La vie est donc loin d’être facile pour les garnisons environnantes d’Auditorium, Visapremium et Abonnementjeum… »

 

Klari et Joël Riou ont eu souvent l’occasion de l’évoquer sur leurs sites respectifs : acheter une place de concert sur Sécutix (un jour d’ouverture des réservations – ou pire : essayer de finaliser un Abonnement jeune), c’est vivre une expérience temporelle limite. Entrer dans la file d’attente de ce logiciel, c’est avoir la possibilité de contempler une forme de l’infini. Regarder défiler un compte à rebours jusqu’à l’an 3000 ou s’infliger sans broncher une play-list de 2500 titres de musique pop cantonaise serait sans doute moins dangereux pour la santé que scruter l’écran inerte qui nous informe que « notre demande va être bientôt prise en compte ». Voir sa barre d’attente passer de dix-huit secondes à onze minutes, puis à quinze, puis à douze, puis à trente, c’est sentir un gigantesque doigt d’honneur se dresser dans le ciel et envoyer paître des millénaires de logique euclidienne. Viendra sans doute le temps où les chercheurs du LHC de Genève s’apercevront qu’il existe un « boson de Sécutiggs » représentant la masse fondamentale de l’ennui et de la lassitude. Ce jour-là, l’humanité aura fait un grand pas.

Pour les âmes bienheureuses qui ne connaîtraient pas encore ce logiciel maléfique (au fond, tout le monde n’a pas la chance de passer la dixième porte de l’Enfer), précisons qu’entrer sur un site qui pousse le vice jusqu’à trduire son interface en plusieurs langues (mince, c’est pas humain de vouloir faire souffrir des Catalans comme ça…), c’est comme passer la porte de la salle SM du château de Klingsor (« More horrific than Scream, more terrifiying than Saw… SECUTIX. Enter it if you can. »). Je sais, je sais, il y a pire : se faire déchiqueter le foie par un aigle ou se consumer pour l’éternité dans les flammes de l’enfer, ce n’est pas drôle. Mais recommencer indéfiniment la même opération pour voir systématiquement l’objet de son désir s’approcher puis s’éloigner, c’est revivre le supplice de Sisyphe ET celui de Tantale ! Bref, abandonnez tout espoir, vous qui entrez ici (ou du moins souvenez-vous que l’éternité c’est long, surtout vers la fin (« Sécutix. Nous allons vous faire aimer acheter vos places au guichet »)).

Viendra finalement le moment où vous éprouverez une espèce d’étrange variante du syndrome de Stockholm, comme un sentiment légèrement masochiste d’interdépendance vis-à-vis de ce logiciel qui vous prend en otage depuis un certain nombre d’heures (j’ai oublié de vous dire que vous perdrez complètement le sens du temps – il risque de faire nuit noire quand vous lèverez le nez de votre écran). Les deux journées de RTT que vous aurez prises (l’une pour réserver vos places, l’autre pour vous en remettre) n’auront pas été sacrifiées en vain. « C’était pas ma guerre », soupirera votre cerveau qui a manqué de virer complètement sinoque dans l’intervalle. Mais vous serez sur le site, enfin, vous aurez pu choisir votre place et même la payer (à moins que le logiciel ne pénalise votre excès subit d’euphorie en vous renvoyant en file d’attente, pour la peine). « Je suis pas Énée, je ne suis pas saint Paul » disait Dante, ce qui ne l’a pas empêché d’accomplir son extraordinaire aventure dans l’autre monde. Mais vous y êtes vous aussi parvenu.

Oh madonna santissima, qu’est-ce vous allez l’apprécier, ce concert…

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