Keilberth, dans le mille

freischutz_keilberthCurieuse actualité que celle du Freischütz. Près de deux siècles après sa fracassante création berlinoise, voilà l’œuvre de Weber quasiment disparue des scènes mondiales (hormis celles des théâtres de la province allemande) comme des studios d’enregistrements. En 2012, la publication d’un concert de sir Colin Davis vint pâlement reprendre le flambeau de Nikolaus Harnoncourt, auteur de la dernière intégrale en date – c’était déjà en 1995. Comme Euryanthe et Obéron, Le Freischütz a survécu jusqu’à nos jours grâce à son Ouverture, admirée en son temps par Berlioz et Wagner mais devenue presque deux cents plus tard un simple lever de rideau dans les salles de concert. Par conviction ou pour la forme, bien des chefs auront émargé – mais de quelle manière parfois ! – dans cette pièce inscrite au répertoire de toutes les formations symphoniques. Un moindre mal, quand on constate le peu d’intérêt que portent aujourd’hui les chanteurs à des morceaux qui ne dépareraient pourtant pas dans un disque de Romantic Arias. Lire la suite »


L’ami du public

shura_cherkasskyIl aura joué jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent. Au mois de décembre 1995, Shura Cherkassky annule sa participation à l’un de ces concerts du midi de la BBC dont il avait été si familier. Funeste présage : il décédera quelques jours plus tard, lui, l’ancien enfant prodige, qui n’aura pour ainsi dire jamais quitté la scène, pas même pour achever ses études musicales comme le lui conseillait pourtant Sergeï Rachmaninov. En 1946, après un début de carrière déjà bien rempli (et quelques enregistrements en prime), Cherkassky retourne sur le Vieux Continent et se base à Londres. Commence alors une amitié indéfectible avec le public anglais, tissée au gré des apparitions du pianiste sur les ondes de la BBC, à de nombreux festivals ou dans les salles de concerts londoniennes, le Wigmore Hall en tête. De ces innombrables rendez-vous entre l’artiste et son public, voici un exemple : un récital du mois d’octobre 1993, capté dans son intégralité. Lire la suite »


Annie Fischer, portraits d’une pianiste

annie_fischerLe 10 avril 1995 disparaissait la pianiste hongroise Annie Fischer dont la carrière, européenne plus qu’internationale, voua à quelques compositeurs un attachement sans bornes. Mozart, Schumann et, bien sûr, Beethoven dont elle enregistra patiemment les sonates pour Hungaroton après ses premières gravures chez EMI dans les années 1950. À l’époque où elle confiait l’essentiel d’un legs discographique aujourd’hui rendu par Warner, Annie Fischer fréquenta aussi les studios des radios européennes. Trois jours avant de donner l’opus 109 et les Variations « Eroica » à Cologne, la pianiste était à Francfort pour y donner l’opus 13 de Beethoven mais aussi la Sonate en fa majeur de Mozart. Deux interprétations aujourd’hui rendues par le label indépendant Meloclassic, dont les parutions soignées s’attachent à rappeler le souvenir d’instrumentistes du passé – avec, en prime, le plaisir de voir ces programmes passionnants arriver tout droit de Thaïlande ! Lire la suite »


Emil Gilels, pianiste omnivore

N’était sa rareté (laquelle n’est pas fondamentalement étrangère à son charme), voilà un bien un disque qu’il faudrait conseiller à tous ceux qui souhaiteraient connaître le répertoire d’Emil Gilels dans ce qu’il a de plus varié et de plus précieux. Qu’on en juge : avec deux baroques du Nord et du Sud, un romantique allemand et deux visages emblématiques de la musique russe, la carte de visite est pour ainsi dire complète, même si elle recèle aussi quelques surprises. Point de Mozart ou de Brahms, mais Bach, et Schumann, un compositeur que le pianiste a peu enregistré en studio, mais à qui il a offert quelques-uns des plus beaux fruits de son talent, au soir de sa vie. Lire la suite »


Le goût d’un autre

Depuis plus de dix ans, le vaillant petit label japonais Opus Kura régale les mélomanes de reparutions soignées de 78 tours grand cru. Les stars s’appellent Furtwängler, Bruno Walter et Mengelberg. Voilà de la vieille cire qui a de la cuisse, tudieu ! À ne manquer sous aucun prétexte le mois prochain, à l’occasion de leur publication dans nos contrées : les témoignages wagnériens du grand Arturo « Furioso » Toscanini, que le label nippon a déjà honoré d’une belle dizaine de titres (qui nous rappellent, entre autres, que le chef italien a assuré la création américaine de la Symphonie « Léningrad » de Chostakovitch en juin 1942). Le fidèle Orchestre Symphonique de la NBC est à son poste, le chef nous fixe de son œil sévère (gloups) – il est peut-être temps de se lancer… Lire la suite »


Le dieu du carnage

« Tout le monde ne peut pas diriger Mahler. Mais comme lui, j’ai eu une vie difficile. » Cette phrase pourrait être de Leonard Bernstein. Dans les faits, elle est de Klaus Tennstedt, mahlérien tardif mais passionné, et stupéfiant. Tennstedt aura servi Mahler avec autant de dévotion que son homologue américain, son exact contraire. L’extraversion de Lenny n’avait visiblement d’égale que la réserve de Tennstedt – à l’un la lumière, à l’autre la part d’ombre. Mahler n’a pourtant pas souffert d’être interprété par un homme aussi modeste, et aussi aimé de ses musiciens. La Symphonie n°6 exige certainement un esprit de sacrifice, peut-être davantage que toutes ses sœurs du cycle mahlérien ; dévoré par le cancer depuis qu’il avait enfin la reconnaissance qu’il méritait, Tennstedt semble d’ailleurs toujours avoir intimement senti dans le fatalisme de l’opus en la mineur une force qui lui était familière. Elle transparaît au disque, dans ce qui constitue sans doute le sommet de son intégrale pour EMI, et en concert. Mieux que transparaître, elle éclate. Lire la suite »


Es lebe Champagne der Erste !

Décembre 1965, Genève. Le Grand Théâtre accueille une production de la Chauve-Souris de Johann Strauss II. Sur scène, Teresa Stich-Randall ; dans la fosse, un jeune trentenaire qui monte : Carlos Kleiber, familier des opérettes, et en osmose naturelle avec la musique du maître viennois. Stuttgart, cinq ans plus tard : face aux caméras de télévision, Kleiber répète l’ouverture de la Fledermaus avec l’orchestre maison, pataud, lourdingue, et pas motivé pour un sou. Mais ça marche, comme par miracle. Au début des années 80, le Wiener Philarmoniker ne tarde pas à s’en apercevoir : Kleiber fait corps avec ce répertoire. Mieux que le connaître : il l’aime. Ses bis favoris en concert ? Unter Donner und Blitz et l’ouverture de la Chauve-Souris, évidemment, qui l’accompagnent jusqu’au Japon. Rien d’étonnant à ce que l’idée de le voir un jour diriger le Concert du Nouvel An fasse rapidement son chemin ; aux responsables de vaincre les (innombrables) réticences du chef : comment le convaincre de diriger un concert entier devant les caméras, d’accepter que le public tape dans les mains pendant la Marche de Radetzky, et (surtout) d’oser faire aussi bien que le vieux Karajan, qui a littéralement enchanté le public viennois du Neuhjahrskonzert de 87 ? Lire la suite »


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