Keilberth, dans le mille

freischutz_keilberthCurieuse actualité que celle du Freischütz. Près de deux siècles après sa fracassante création berlinoise, voilà l’œuvre de Weber quasiment disparue des scènes mondiales (hormis celles des théâtres de la province allemande) comme des studios d’enregistrements. En 2012, la publication d’un concert de sir Colin Davis vint pâlement reprendre le flambeau de Nikolaus Harnoncourt, auteur de la dernière intégrale en date – c’était déjà en 1995. Comme Euryanthe et Obéron, Le Freischütz a survécu jusqu’à nos jours grâce à son Ouverture, admirée en son temps par Berlioz et Wagner mais devenue presque deux cents plus tard un simple lever de rideau dans les salles de concert. Par conviction ou pour la forme, bien des chefs auront émargé – mais de quelle manière parfois ! – dans cette pièce inscrite au répertoire de toutes les formations symphoniques. Un moindre mal, quand on constate le peu d’intérêt que portent aujourd’hui les chanteurs à des morceaux qui ne dépareraient pourtant pas dans un disque de Romantic Arias. Lire la suite »


"Giacomo Puccini", melodramma lirico

La biographie autrement. Écrit à l’ombre de la gigantesque biographie de Marcel Marnat pour Fayard, Caro carissimo Puccini de Bernard Chambaz illustre à merveille l’ambition de la collection « L’un et l’autre » de Gallimard où, avec Schubert et Leopold Mozart, se sont déjà racontées les vies de musiciens : sans l’exactitude maniaque de la monographie, opter pour les chemins de traverse, ceux qu’autorisent la légèreté de la fiction, qui feuillette le réel pour y trouver le vrai. S’il a vécu d’art, et s’il a vécu d’amour, Puccini n’a pas aimé jusqu’au désespoir comme toutes ses héroïnes. Il a voyagé de l’Égypte aux Amériques, mais sans jamais réellement penser abandonner la Toscane de ses ancêtres. L’Histoire le trouve en spectateur d’un monde plongeant vers l’inconnu quand l’Art lui fait opérer la synthèse du leitmotiv et du bel canto, de l’Allemagne et de l’Italie. Imaginerait-on faire de la vie de cet homme volontiers dépensier, souvent futile, perpétuellement amoureux, une fresque ou un roman ? Sans doute pas. Mais alors comment nous le rendre proche ? Tout simplement sans fard et sans légende, en homme de son temps. Lire la suite »


80e rediffusion de "Rigoletto" à Bastille

"Rigoletto" à Bastille

La 1210e au total (c’est-à-dire autant que la Grande Vadrouille, à peu de chose près) depuis l’entrée de la pièce de Verdi au répertoire de l’Opéra de Paris en 1885, ça nous remet loin. Comme pour tous ces piliers du répertoire, il y eut sans doute des triomphes, des ratés, et tout un tas de soirées routinières, avec une distribution honnête et un orchestre plan-plan. C’était d’ailleurs un peu le cas ce mardi 7 février avec une énième reprise de l’incunable de Jérôme Savary, créé au siècle dernier. L’affiche était plutôt belle, avec la Gilda de Nino Machaidze (pour sa première apparition à Bastille), Piotr Beczala et Zeljko Lucic, déjà capté dans ce rôle aux côtés de Juan Diego Florez et Diana Damrau, en attendant les représentations du mois de novembre à la Scala. Et globalement, ce que le public a entendu ce soir-là s’avéra tout à fait honnête, même si l’on était légitimement en droit d’attendre un peu plus. Lire la suite »


À chacun sa chimère

''La Dame de Pique'' à Bastille (Bojemoi, cette mise en scène !) (Photo : Opéra de Paris / Elisa Haberer)

Elle révulse, elle déroute, elle laisse songeur, mais enthousiasme-t-elle ? La quatrième reprise de la Dame de Pique de Tchaïkovsky dans la production de Lev Dodin a laissé la critique assez circonspecte, et le public avec elle. La représentation du 26 janvier n’a certes pas été huée par les spectateurs de Bastille mais n’a pas non plus déchaîné un enthousiasme délirant. Bref, c’est dans un curieux mélange d’intérêt poli et d’indifférence blasée que la salle toute entière a plongé dans une conception très singulière du metteur en scène, qui s’est apparentée au final à une fausse bonne idée, dont les chanteurs ont fini par être les premières victimes. Lire la suite »


Cendrillon, enfin le bonheur ?

"La Cenerentola" à Garnier : cheese ! (Photo : Agathe Poupeney)

Mélomanes et ballettomanes parisiens, en cette fin d’année, vous avez le choix. Deux scènes, deux versions de l’histoire de Cendrillon : la féérie hollywoodienne de Rudolf Noureev sur une musique de Prokofiev à Bastille, ou bien l’hommage rendu à Jean-Pierre Ponnelle dont la Cenerentola rossinienne vient d’être créée à Garnier, près de quarante ans après les premières représentations sous la baguette de Claudio Abbado à l’Opéra de Münich. Ce n’est pourtant là que la troisième production de la Cenerentola montée à l’Opéra de Paris, depuis son entrée au répertoire en 1977. La pauvre Angelina n’aurait donc pas la cote de Figaro, ni même celle d’Isabella ? La faute à un livret « mal bâti », nous dit Gérard Mannoni, pour Altamusica (et par ailleurs très enthousiaste, au même titre qu’André Tubeuf et Marie-Aude Roux). Il n’empêche, Rossini et son librettiste Ferretti ont réalisé un vrai petit tour de force en mijotant à leur sauce (gaie et malicieuse) des ingrédients et des thèmes chers à la tradition moribonde de l’opera seria (tout de même : le poncif de la femme vertueuse qui pardonne à ceux qui l’ont offensée, le prince souhaitant émuler cette vertu, la méchanceté punie, l’amour comme couronnement de la bonté, le tout sous l’œil bienveillant de Dieu, c’est du Métastase pur sucre ! (l’horreur)). Lire la suite »


Duke Salonen’s Castle

Salonen et le Philharmonia au TCE : Acte I

C’est peut-être l’affiche à ne pas manquer cette saison, au même titre que la fin du cycle Beethoven de Bernard Haitink et du Chamber Orchestra of Europe à la salle Pleyel. L’espace de trois concerts, Esa-Pekka Salonen investit le Théâtre des Champs-Elysées avec son Orchestre Philharmonia pour une exploration de la musique de Béla Bartók (le chef finlandais reviendra une quatrième et dernière fois pour diriger Brahms et Richard Strauss avec Yefim Bronfman et l’Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise – une petite croix supplémentaire sur le calendrier, hop !). Les micros de France Musique ont fait le déplacement (il faut un peu ruser pour pouvoir réécouter le concert sur leur site, mais ça fonctionne), tout comme la presse musicale et quelques visages connus de Pleyel. Salonen/Bartók, deux noms que l’on associe sans peine mais que l’on n’a pas retrouvé depuis longtemps sur la pochette d’un disque (1996 ? Mais c’est la préhistoire !). Ô label Signum, faites quelque chose ! Lire la suite »


Salomé, la saveur en moins

"Salomé" à l'Opéra Bastille (Photo : Opéra national de Paris/Elisa Haberer)

Il est un peu moins de 16 heures 30 quand le page de page d’Hérodias surgit de l’embrasure d’une porte pour égorger Salomé tenant entre ses bras la tête de Jochanaan. L’orchestre éructe une toute dernière fois, noir. Fin de la 184e représentation de Salomé à l’Opéra de Paris : c’est tout de même la déception qui prédomine dans le public. On commente, par-ci par-là : « Moi ce que j’aimais dans la pièce, c’était l’érotisme, torrrrride et sulfurrrreux ; hé ben là, rien du tout. » « Et puis pardon ! Richard Strauss, sa musique c’est tout de même un peu boum boum… » Sur Internet, Altamusica, Forum Opéra et ResMusica ne s’avouent pas davantage convaincus par ces reprises de la mise en scène d’André Engel (seul Simon Corley pour ConcertoNet se montre un peu plus enthousiaste), un incunable du siècle dernier (1994, tout de même, aux toutes premières lueurs de l’ère Hugues Gall). Dommage, car faute de reprendre la mise en scène plus récente de Lev Dodin (2003), ou de carrément proposer une nouvelle lecture de l’œuvre, la réussite de la production n’avait rien de la mission impossible. Lire la suite »


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