Le dieu du carnage

« Tout le monde ne peut pas diriger Mahler. Mais comme lui, j’ai eu une vie difficile. » Cette phrase pourrait être de Leonard Bernstein. Dans les faits, elle est de Klaus Tennstedt, mahlérien tardif mais passionné, et stupéfiant. Tennstedt aura servi Mahler avec autant de dévotion que son homologue américain, son exact contraire. L’extraversion de Lenny n’avait visiblement d’égale que la réserve de Tennstedt – à l’un la lumière, à l’autre la part d’ombre. Mahler n’a pourtant pas souffert d’être interprété par un homme aussi modeste, et aussi aimé de ses musiciens. La Symphonie n°6 exige certainement un esprit de sacrifice, peut-être davantage que toutes ses sœurs du cycle mahlérien ; dévoré par le cancer depuis qu’il avait enfin la reconnaissance qu’il méritait, Tennstedt semble d’ailleurs toujours avoir intimement senti dans le fatalisme de l’opus en la mineur une force qui lui était familière. Elle transparaît au disque, dans ce qui constitue sans doute le sommet de son intégrale pour EMI, et en concert. Mieux que transparaître, elle éclate. Lire la suite »


Eh bien, dansez maintenant, camarades !

Avec Kirill Kondrachine, Gennadi Rozhdestvensky a sans douté été le meilleur représentant de l’art soviétique de la direction d’orchestre derrière le rideau de fer. L’un surtout sur le continent, l’autre en Angleterre, où ses concerts avec le Philharmonique de Léningrad ont rendu littéralement dingue le public londonien du Royal Albert Hall. Retour aux années 60, aux malentendus et aux crispations géo-politiques que les artistes soviétiques essayaient tant bien que mal de désamorcer. Londres a appris son Chostakovitch (la Quatrième, la Douzième, jamais entendues en Angleterre jusqu’alors), Tchaïkovsky l’a fait rugir d’enthousiasme (sans exagération – il fallait absolument être à ces Proms de 1971 !). Sont venus ensuite Prokofiev, Glinka, Moussorgsky. Mais c’était déjà une autre époque : Brejnev avait remplacé depuis belle lurette le camarade Khrouchtchev. Et le monde musical lui-même célébrait la Détente dès 1978, avec les nominations conjointes de Kondrachine à la tête du Concertgebouw (qu’il partagea avec Haitink) et de Rozhdestvensky au BBC Symphony Orchestra. Time for change. Lire la suite »


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.