Héroïque, pour combien de temps encore ?

L'intégrale Beethoven de Philippe Jordan se poursuit à Bastille (Photo : Rachel Papo)

L’intégrale Beethoven de Philippe Jordan se poursuit à Bastille. (Photo : Rachel Papo)

Un grand accord dissonant, dans une tonalité étrangère à celle de tout l’ouvrage, immédiatement résolu ; juste après, le silence : c’est ainsi que Ludwig van Beethoven, dans les tout premiers mois de l’année 1800, aux portes d’un siècle de grands bouleversements musicaux, marqua son entrée dans le genre de la symphonie. Par ce geste stylistique osé qui troubla les commentateurs de l’époque mais qui, plus de deux cents ans plus tard, semble avoir perdu de son mordant et – surtout – de sa singularité. Mais cette hardiesse, que les notes de programme distribuées au public de Bastille signalent presque en passant, ne peut-on pas dire que le public de 2014 n’a plus les moyens de l’entendre ? Nos oreilles, auxquelles des œuvres postérieures à l’opus 26 de Beethoven ont eu l’occasion de faire résonner des stridences autrement plus fortes, y seraient-elles devenues insensibles ? Lire la suite »


Avantage la majeur

Début d'intégrale Beethoven pour Philippe Jordan à l'Opéra de Paris (Photo : DR)

Début d’intégrale Beethoven pour Philippe Jordan à l’Opéra de Paris (Photo : DR)

Avec ses petites surprises et ses grandes révolutions, les symphonies de Beethoven sont un cadeau fait aux hommes autant qu’aux orchestres. Aujourd’hui encore, c’est dans la fréquentation régulière de ces neuf-là que se soudent les formations du monde entier. Forger un son ensemble, éprouver les liens collectifs (et, pourquoi pas ? la qualité du chef qui les conduit) : plus de deux cents ans après leur création, les enjeux et les défis du texte beethovénien ont finalement peu évolué. Car si les orchestres actuels sont (a priori) mieux préparés aux difficultés d’exécution que ne l’étaient les premiers interprètes au XIXe siècle, les exigences imposées par la lettre beethovénienne n’ont pas bougé : la mise en place, la clarté et la cohésion des pupitres, le juste équilibre des forces en présence comptent toujours parmi les piliers de l’interprétation de ces œuvres. Lire la suite »


À chacun sa chimère

''La Dame de Pique'' à Bastille (Bojemoi, cette mise en scène !) (Photo : Opéra de Paris / Elisa Haberer)

Elle révulse, elle déroute, elle laisse songeur, mais enthousiasme-t-elle ? La quatrième reprise de la Dame de Pique de Tchaïkovsky dans la production de Lev Dodin a laissé la critique assez circonspecte, et le public avec elle. La représentation du 26 janvier n’a certes pas été huée par les spectateurs de Bastille mais n’a pas non plus déchaîné un enthousiasme délirant. Bref, c’est dans un curieux mélange d’intérêt poli et d’indifférence blasée que la salle toute entière a plongé dans une conception très singulière du metteur en scène, qui s’est apparentée au final à une fausse bonne idée, dont les chanteurs ont fini par être les premières victimes. Lire la suite »


Cendrillon, enfin le bonheur ?

"La Cenerentola" à Garnier : cheese ! (Photo : Agathe Poupeney)

Mélomanes et ballettomanes parisiens, en cette fin d’année, vous avez le choix. Deux scènes, deux versions de l’histoire de Cendrillon : la féérie hollywoodienne de Rudolf Noureev sur une musique de Prokofiev à Bastille, ou bien l’hommage rendu à Jean-Pierre Ponnelle dont la Cenerentola rossinienne vient d’être créée à Garnier, près de quarante ans après les premières représentations sous la baguette de Claudio Abbado à l’Opéra de Münich. Ce n’est pourtant là que la troisième production de la Cenerentola montée à l’Opéra de Paris, depuis son entrée au répertoire en 1977. La pauvre Angelina n’aurait donc pas la cote de Figaro, ni même celle d’Isabella ? La faute à un livret « mal bâti », nous dit Gérard Mannoni, pour Altamusica (et par ailleurs très enthousiaste, au même titre qu’André Tubeuf et Marie-Aude Roux). Il n’empêche, Rossini et son librettiste Ferretti ont réalisé un vrai petit tour de force en mijotant à leur sauce (gaie et malicieuse) des ingrédients et des thèmes chers à la tradition moribonde de l’opera seria (tout de même : le poncif de la femme vertueuse qui pardonne à ceux qui l’ont offensée, le prince souhaitant émuler cette vertu, la méchanceté punie, l’amour comme couronnement de la bonté, le tout sous l’œil bienveillant de Dieu, c’est du Métastase pur sucre ! (l’horreur)). Lire la suite »


Salomé, la saveur en moins

"Salomé" à l'Opéra Bastille (Photo : Opéra national de Paris/Elisa Haberer)

Il est un peu moins de 16 heures 30 quand le page de page d’Hérodias surgit de l’embrasure d’une porte pour égorger Salomé tenant entre ses bras la tête de Jochanaan. L’orchestre éructe une toute dernière fois, noir. Fin de la 184e représentation de Salomé à l’Opéra de Paris : c’est tout de même la déception qui prédomine dans le public. On commente, par-ci par-là : « Moi ce que j’aimais dans la pièce, c’était l’érotisme, torrrrride et sulfurrrreux ; hé ben là, rien du tout. » « Et puis pardon ! Richard Strauss, sa musique c’est tout de même un peu boum boum… » Sur Internet, Altamusica, Forum Opéra et ResMusica ne s’avouent pas davantage convaincus par ces reprises de la mise en scène d’André Engel (seul Simon Corley pour ConcertoNet se montre un peu plus enthousiaste), un incunable du siècle dernier (1994, tout de même, aux toutes premières lueurs de l’ère Hugues Gall). Dommage, car faute de reprendre la mise en scène plus récente de Lev Dodin (2003), ou de carrément proposer une nouvelle lecture de l’œuvre, la réussite de la production n’avait rien de la mission impossible. Lire la suite »


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